Dans l’Aisne, la terre n’en a pas fini avec la guerre
L’histoire fut explosive. Aujourd’hui, c’est la géographie qui l’est encore. Dans l’Aisne, mines, obus et grenades de la Première Guerre mondiale continuent de remonter du sol. À Tergnier, le Musée de la Résistance et de la Déportation, dédié à la Seconde Guerre mondiale, fermé pendant 3 ans pour travaux, a été entièrement repensé et modernisé. Inauguré le 10 octobre, il raconte cette mémoire, et la fait entrer dans l’Histoire.

Il suffit parfois de regarder ses pieds. Dans l’Aisne, la guerre n’est jamais tout à fait terminée. Sur l’ancienne ligne de front, on retire encore chaque année des dizaines de tonnes de mines, mortiers, grenades, obus et parfois des ossements. Il faudra, dit-on, plusieurs siècles pour tout nettoyer.
Cette mémoire enfouie, le nouveau musée de Tergnier, dont le coeur de la collection reste la Seconde Guerre mondiale, entend justement la faire émerger. Créé à l’origine par d’anciens combattants pour lutter contre l’oubli et transmettre aux générations futures, il a été entièrement revu : restauré, agrandi, assaini, aéré. Soutenu par un accompagnement scientifique, il quitte la seule mémoire des témoins pour entrer dans l’histoire et devient Musée de France.
À l’entrée, surprise : du blanc, de la lumière, presque de la légèreté. L’ancienne salle de spectacle, qui accueillait autrefois théâtre et concerts, a retrouvé son balcon, longtemps dissimulé derrière un faux plafond. Deux documentaires y seront projetés. Hors des heures d’ouverture, la salle pourra retrouver sa vocation de spectacle.

Nouveau musée Musée de la Résistance et de la Déportation
Mais c’est surtout le parcours qui change le regard. De 1933 à 1945, les grandes étapes sont racontées à travers des hommes et des femmes de la Résistance. Des destins individuels plutôt qu’une succession de dates. Certaines pièces, présentées ici, sont même uniques en dehors de Paris. Raymond Aubrac l’avait souligné lors de sa visite de l’ancien musée : encore fallait-il leur donner toute leur place.
Parmi les trésors désormais accessibles, de petits journaux clandestins d’agents secrets, conservés pendant des décennies chez des particuliers et aujourd’hui numérisés. Des voix minuscules qui racontent une histoire longtemps restée cachée.

L’Aisne fut aussi un territoire coupé en deux par la ligne de démarcation, entre zone occupée et zone libre. Un épisode moins connu qui rappelle combien la guerre a bouleversé la vie quotidienne. Certains villages furent martyrisés, comme Tavaux-et-Pontséricourt ou Braye-en-Thiérache. D’autres histoires sont celles d’individus qui, seuls ou presque, ont choisi d’aider.
Le musée élargit aussi le regard à l’aviation, souvent reléguée derrière le récit des combattants au sol.
Puis il faut sortir.
Direction le Chemin des Dames et la Caverne du Dragon. Ici, la terre porte encore les traces d’une offensive devenue synonyme de défaite et d’hécatombe, mais aussi du début des mutineries de 1917. Contrairement à Verdun, où les fortifications imposent encore leur présence, les traces sont ici très discrètes. Il faut les chercher.
À Craonne, pourtant, la terre continue de livrer ses vestiges d’obus. Le passé affleure dangereusement. Chaque 16 avril, la commémoration s’achève à la nécropole nationale, où une bougie est déposée sur chaque stèle, au son notamment de chants corses et basques.

Quatorze nécropoles de l’Aisne sont inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco. Elles dessinent une autre carte du département : celle des morts, des combats et des souvenirs.
Et puis il y a les vitraux de la chapelle de Cerny, offerts par le prince de Monaco, ou les paysages à parcourir entre Chauny, Tergnier et le Chemin des Dames.
Dans l’Aisne, l’Histoire ne se découvre pas seulement derrière une vitrine. Elle se parcourt. Et parfois, elle pète encore.
Crédits Photos : Département de l’Aisne
Se Renseigner :
https://www.tourisme-en-hautsdefrance.com/decouvrir/les-departements/laisne
https://museeresistance.aisne.com
https://www.chemindesdames.fr/fr
Où se régaler
Relais de Champagne à la Fère
33 rue de la République
02800 La Fère