Le Festival National des Arts Populaires de Marrakech : quelle diversité !

A la tombée de la nuit, la ville ocre est en ébullition pendant cinq jours avec des spectacles folkloriques hauts en couleurs. Traditionnellement dès les premiers jours de juillet, ce festival célèbre la richesse culturelle du Maroc à travers la musique, la danse, les traditions et les expressions populaires régionales.

Texte et photos : Dominique Roudy


Placée sous le thème « les arts populaires, trésors d’hier et d’aujourd’hui », la 35ème édition du Festival National des Arts Populaires a franchi un cap sans perdre de son identité : préserver et transmettre un patrimoine immatériel porté par les différentes régions du Royaume.
Dès l’ouverture du festival avec le défilé des 65 troupes, soit plus de 600 artistes qui déambulent dans les rues de Marrakech, de l’esplanade de l’Hôtel de Ville jusqu’au prestigieux Palais Badi, le ton est donné de la plus belle des manières avec des expressions artistiques dynamiques et vivantes.


Un spectacle de grande qualité

Joyau architectural du XVIe siècle avec ses murailles de terre de Sienne et ses cigognes sentinelles, le Palais El Badi, lieu exceptionnel et chargé d’histoires, mais également point central du festival, a revêtu ses habits de lumière et offre des reflets, à la fois bleus, oranges, pourpres et dorés, pour accueillir ces artistes qui se sentent porter par un environnement propice.
Aux tenues toutes plus originales les unes que les autres bien évidemment en adéquation avec les codes traditionnels de chacune des régions qu’elles viennent du nord, du sud, de l’est et de l’ouest, les hauts murs du Palais El Badi donnent aux différents instruments : tambourins, violons, flûtes, clarinettes, … une résonance toute particulière pour le plus grand bonheur d’un public qui a répondu à l’attente des organisateurs. Un public qui, comme nous, et une fois les festivités terminées, n’a pas hésité à aller à la rencontre des troupes qui viennent de toutes les régions du Maroc afin d’avoir leur ressenti.

Une partie de la troupe Stars Reggada d’Oujda


Une partie de la troupe folklorique des Stars Reggada d’Oujda, chef-lieu de la Région de l’Orientale du Royaume, dont le style reconnu à l’international alterne entre rythmes et figures chorégraphiques d’une grande beauté artistique a exprimé avec émotion sa fierté et son bonheur de vivre ce moment : « depuis 1998 nous venons à Marrakech et c’est très important d’être présent car notre but et c’est de passer un message au monde entier et notamment à la jeunesse pour qu’ils chantent le Reggada et s’impliquent de notre savoir-faire local qui, pour nous, représente le patrimoine de notre culture ».Dans le même ordre d’idée, le président Knidiri ajoute : « Les artistes sont heureux, ici à Marrakech. Heureux de partager avec d’autres troupes des moments de convivialité hors du commun. Ils sont chez eux, comme à la maison… ».



C’est tout Marrakech qui vit le Festival

Si le Palais El Badi est le cœur du Festival avec des spectacles folkloriques, deux autres scènes ouvertes dans la ville ont pu voir les différentes troupes montrer toutes les facettes de leur talent. L’esplanade de l’Hôtel de Ville, à deux pas de la Place Jemaa el-Fna, et le Palais Bahia, de style mauresque-islamique construit dans la médina dans la seconde moitié du XIXème siècle à proximité de la place des Ferblantiers, offraient des soirées thématiques avec la présence de troupes chinoises et africaines, une grande première cette année, sans oublier l’hommage remarqué au folklore du Moyen Atlas.
Pour clore ce festival, la Nuit des Stars a permis de rendre hommage à l’artiste Zina Daoudia, une des plus célèbres chanteuses du Maroc avec le chaâbi marocain, genre musical populaire très présent lors des grandes festivités. Zina, c’est une voix puissante et reconnaissable et une excellente maîtrise du violon en dehors de ses répertoires et ses influences pop modernes.


« A travers ce rendez-vous emblématique, nous rendons hommage aux artistes, aux maîtres populaires et aux générations qui transmettent avec passion l’âme culturelle du Maroc et la richesse de son identité », partage Mohamed Knidiri. Le pari est une nouvelle fois gagnée pour l’Association Le Grand Atlas, artisan majeur pour le développement touristique de Marrakech au même titre que le Marathon International de Marrakech que l’Association organise de main de maître et dont ce sera la 37ème édition dimanche 31 janvier 2027.

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L’histoire du Festival avec le professeur Mohamed Knidiri, président de l’Association Le Grand Atlas et du Festival National des Arts Populaires

Le président Mohamed Knidiri

« Sachez tout d’abord que c’est le plus ancien festival artistique du Maroc et qu’il a été créé en 1959 par feu le Roi Mohamed V. Sa Majesté a souhaité que cet événement soit organisé annuellement à Marrakech, haut lieu touristique du Maroc dans le but de faire connaître la richesse et la diversité du patrimoine culturel marocain. Et c’est l’occasion aussi pour les Marocains de rencontrer des artistes des régions et des traditions qu’ils ne connaissent pas forcément.
Et puis, en 1997 lorsque j’ai pris la présidence de l’Association Le Grand Atlas, parmi les premières actions que j’ai voulu remettre en place, c’était le Festival arrêté depuis 4 ans. Pendant 7 ans nous avons organisé l’événement avant que l’on le cède à une fondation qui a été créé pour animer la ville de Marrakech. Mais la fondation s’est vite essoufflée car c’est une organisation qui est très difficile et lourde parce que l’on doit accueillir et gérer les troupes de toutes les régions du Maroc (ndlr : 65 troupes en 2026 ce qui représente plus de 600 artistes).
Les autorités locales, le ministère de la culture et les instances supérieures se sont donc de nouveau tournés vers l’Association le Grand Atlas et en 2018 et nous avons accepté. Depuis, et en dehors de 2020, année de la pandémie, cet événement est devenu un rendez-vous incontournable dans des lieux mythiques et historiques de la ville ocre et, d’année en année, il y a de plus en plus d’adeptes, notamment des étrangers en visite à Marrakech. Le Festival National des Arts Populaires est très intéressant car il permet de découvrir la grande diversité du folklore marocain, ce qui veut dire simplement la grande diversité sociale au niveau du Maroc. Vous bougez de dix kilomètres et vous avez quelque chose de différent à tous les niveaux : paysage, dialecte, chant, costume, tradition, tout cela change très vite. »

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