Les rameurs de Boulogne 92 à Henley

La belle aventure des rameurs de Boulogne 92 à Henley, le nec plus ultra de l’aviron

Ancien rameur international français avec plusieurs Jeux Olympiques à la clé, mais également multiple finaliste mondial, Yvan Deslavière, 53 ans, aujourd’hui entraîneur national et double vainqueur des Régates Royales d’Henley nous partage « Les Carnets d’Henley » après avoir accompagné en appui technique le club des Hauts-de-Seine Boulogne 92 ACBB.
Un témoignage hors du commun « parce que certaines aventures ne se mesurent pas en kilomètres parcourus, mais en personnes transformées ».

Yvan Deslaviere

Un héritage à transmettre

Ce récit ne parle pas que d’aviron. Il parle d’un rêve. D’un professeur d’éducation physique et sportive Arnauld Fanchon qui a refusé de croire que certaines aventures étaient réservées aux autres. D’une poignée de jeunes qui ont accepté de sortir de leur zone de confort, d’entraîneurs, de familles, de bénévoles et d’amis qui ont compris qu’une aventure n’a de valeur que lorsqu’elle est partagée.
Je parle surtout de ces moments qui changent une vie sans que l’on s’en aperçoive immédiatement. Les résultats s’oublient, mais certaines expériences continuent de nous accompagner longtemps après.
Les Régates Royales d’Henley, créées en 1839 et événement le plus prestigieux de l’aviron mondial, font parties de celles-là.



Avant le premier coup de pelle

L’aviron est un sport étrange. Dans la plupart des disciplines, on apprend à battre son adversaire. En aviron, on apprend d’abord à ne plus lutter contre soi-même.
Un bateau n’avance jamais parce qu’un rameur est exceptionnel. Il avance lorsque huit personnes deviennent capables de produire un seul mouvement, une seule intention, un seul rythme.
« Chaque matin, la rivière (ndlr : en l’occurrence ici la Tamise, à quelques encablures à l’ouest de Londres en Angleterre), pose la même question : es-tu capable de ramer juste ? Pas fort, mais juste… ».
Des personnes imparfaites, mais capables de se faire confiance peuvent accomplir des choses qui paraissaient impossibles. Voilà pourquoi l’aviron est une école pas seulement du sport, mais de la vie.



Derrière les tentes

Un endroit que le public ne connaît presque pas. A Henley, il existe un endroit discret, protégé, silencieux. Ce sont les tentes des équipages. Pour ceux qui les vivent, elles sont bien davantage : un refuge, le dernier endroit où l’on peut encore respirer avant de partir. Il existe des endroits que l’on franchit une seule fois, mais dont on se souvient toute sa vie.
Puis vient le dernier cercle. Les mains se tendent, une après l’autre, sans qu’il soit nécessaire de dire un mot car c’est devenu un rituel : BOUUUUULOGNE.
Je veux qu’ils se souviennent de tout ce qui les a conduits jusqu’ici : des réveils avant l’aube, des entraînements sous la pluie, des éclats de rire, des doutes, des progrès, des kilomètres parcourus « ensemble ». C’est peut-être ça la magie d’Henley : faire comprendre à chacun qu’il participe, le temps d’une course en un duel en face à face sur 1 mile et 550 yards, soit 2 112 mètres, à quelque chose qui le dépasse.



Les étoiles dans les yeux

Les plus belles victoires se lisent dans un regard. Pendant longtemps, j’ai cru que le plus bel objectif d’un entraîneur consistait à faire gagner des courses. Avec les années, j’ai compris que je me trompais.
Il existe un instant très particulier à Henley qui ne figure sur aucune photo officielle. Il arrive lorsque tout est terminé, lorsque les jeunes recommencent enfin à respirer.
A cet instant, je les vois ces étoiles dans leurs yeux. Les rameurs de Boulogne 92 ACBB repartent différents ; un peu plus confiants, un peu plus exigeants, un peu plus conscients de ce qu’un collectif peut accomplir lorsqu’il décide d’avancer dans la même direction.
Au nom de tous ceux qui ont rendu cette aventure possible. Un grand BRAVO en majuscule car une aventure n’appartient jamais à ceux qui l’ont vécue. Elle appartient à ceux qui la transmettent.



Les aventuriers « rameurs » de Boulogne 92 ACBB : barreur Esteban Dosa Vidal, à la nage Arthur Dogliani, 2 Raphael Stebelski, 3 Cyprien Arthaud, 4 Raphael D’Oria, 5 Jérémy Aharfi, 6 Victor Lamire, 7 Paul D’Inguimbert et 8 Phineas Lemperiere.
Reportage d’Yvan Deslavière avec Dominique Roudy – crédit photos Vega Cuzytek

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