Les joyaux de l’Antioquia colombienne

Après des années de violences urbaines et de conflits armés, Medellin est devenue une capitale de région dynamique et attrayante. Les villages dans ses parages, maisons coloniales, façades blanchies à la chaux, places ombragées, sont de petites merveilles colombiennes.

Rue au façades colorées du village de Jardin


Textes et photos Catherine Gary

Medellin, la capitale innovante de l’Antioquia s’est réinventé un avenir


C’est dans le quartier de la Candelaria qu’il faut vous poser pour apprécier au mieux l’ambiance de la ville. Rues piétonnes jalonnés d’églises, de musées et investies jour et nuit par les échoppes d’artisans, les vendeurs ambulants aux étals de fruits et mets alléchants… Le Palais de la Culture et sa façade
néogothique en damiers noirs et blancs y voisine avec le musée de l’Antioquia à la riche collection d’art précolombien ainsi que d’œuvres anciennes et contemporaines. Finie la période ultra sombre voire terrifiante passée quand le cartel de Medellin mené par Pablo Escobar mettait la région de l’Antioquia à feu et à sang. Des années qui firent couler beaucoup d’encre dans le monde entier. Il aura fallu du temps après sa mort en 1993 pour que la ville amorce une nouvelle évolution. La transformation s’est opérée de 2003 à 2010 et surtout après la paix signée en 2016 entre le gouvernement et les FARC (Forces Armées
Révolutionnaires de Colombie). De l’une des villes les plus violentes du monde elle est peu à peu passée à l’une des métropoles les plus attractives et innovantes de Colombie. D’où l’afflux de touristes qui ne se contente plus des destinations phares du pays que sont Carthagène, Bogota ou Cali .

Botero à Medellin


La star incontestée à Medellin c’est Fernando Botero, l’enfant du pays. La ville lui a accordé sa plus belle place pour qu’il y dispose vingt-trois sculptures aux formes généreuses. Ces œuvres monumentales célèbrent aussi la renaissance de la ville depuis la fin des années de plomb et attirent le week-end
les familles en promenade. Les enfants n’hésitent pas à grimper sur leurs bras et leurs jambes dans cette aire de jeux fréquentée aussi par les vendeurs de fruits, de glaces et de ballons. Assises, endormies, nues ou habillées les femmes de Botero dominent la place, une façon de rendre hommage à celles qui durant les années dures souffrirent et affirmèrent leur courage.


Comuna 13, le quartier très visité de Medellin depuis la fin de la guérilla


Autrefois marqué par les violences, le quartier populaire de Comuna 13 est aujourd’hui connu pour sa transformation sociale, son street art, ses graffitis, sa culture hip-hop et ses célèbres escalators d’accès à ciel ouvert. Il est devenu l’un des lieux les plus visités de Medellín.

Quartier Comuna 13 Medellin

Apprécié aussi pour sa résilience et son dynamisme le quartier est devenu l’emblème, l’image de la sortie des années noires du pays et le symbole de sa transformation sociale grâce à l’art urbain, la mobilisation des habitants et au développement du tourisme culturel. Il ne s’est pas enrichi pour autant et a gardé ses airs de bidonville mais avec l’aide de la population, des jeunes en particulier et de la municipalité, Comuna 13 a été
désenclavé et on se balade en toute sécurité dans le réseau serré des ruelles aux fresques murales qui témoignent de l’histoire tourmentée et du renouveau d’espoir. Il existe même pour ceux qui veulent un “Graffiti tour“ dans l’un des barrios de Comuna 13, une visite à ne pas manquer !


Santa Fe de Antioquia, un vrai bijou de style colonial 

Cette ancienne petite capitale de région fondée au XVIe siècle, détrônée en 1826 par Medellin, a gardé tout son charme avec ses balcons en bois sculpté s’alignant sous un soleil intense le long des ruelles aux gros pavés. Les brassées de bougainvilliers dégringolent des façades immaculées et dans la fraicheur des
demeures coloniales, derrière leurs hautes portes en bois sculpté, l’ombre des patios s’apprécie aux heures chaudes dans la tranquillité et le silence complet.

Villages de Santa Fe de Antioquia

Santa Fe de Antioquia, classée au Patrimoine national, est fière de ses nombreuses églises, de Santa Barbara en particulier avec son fronton ondulant à l’arrière d’une croix ouvragée, tandis qu’au musée peintures et sculptures des écoles espagnoles restituent un pan de son histoire passée. La nature n’est pas loin et sur une rive du torrent quelques orpailleurs tamisent des graviers en quête de quelques éclats dorés… Quant au pont qui enjambe la rivière Cauca sur près de 300 mètres pour quelques instants de vertige il est une prouesse due à l’architecte qui participa aussi à la construction du pont de Brooklyn.


Jardin, ses rues joyeuses et bariolées


On accède à ce village bien nommé en suivant le cours de la rivière Cauca à travers des paysages idylliques de pâturages, de plantations de café et de bananiers. Dans ce petit paradis aux façades colorées, balcons rouges, bleus, jaunes et verts, tout est peint et bariolé. Jusqu’aux chaises en bois dont les dossiers en cuir de chèvre servent de chevalets. La place centrale est dominée par la grande basilique néogothique en pierre grise qui s’anime chaque matin d’un marché aux légumes et fruits de potager.

Dans le village de Jardin

Les hommes du village, chapeau de cow-boy vissé sur la tête, boivent le réputé café de Colombie assis en terrasses et regardant les gens passer. On en retrouve certains dans la journée à cheval dans la campagne et le soir les plus jeunes viennent exhiber leurs dons de dresseurs sur les pavés en pente au pied de l’église monumentale. Fini le travail harassant dans les mines, la vie est plus douce aujourd’hui. On y perpétue les traditions agricoles de manioc, de bananes et de café. Et le dimanche les ruisseaux cristallins de la montagne se prêtent à la baignade et à des régals de truite grillée.


Jérico, décor en technicolor et haut lieu de culture

Ce nom peu anodin rappelle cette ville biblique au destin tragique. Mais ici les murailles ne se sont pas effondrées, au contraire. Le village à 25 km de Jardin préserve sa beauté et son intégrité. Le long des sentiers qui le surplombent on en découvre la beauté inscrite dans un temps immobile autour
de la place centrale. Resté fidèle à ses coutumes ancestrales il a réussi à se préserver des effets néfastes du tourisme et garde le charme authentique de ses maisons coloniales colorées comme les autres villages d’Antioquia. Les rues n’en finissent pas de descendre et de monter le long des pentes andines, de
vraies montagnes russes qui vous délivrent des perspectives renversantes.


Capitale religieuse régionale, Jérico compte dix-sept églises, dont l’une aux airs de cathédrale, ainsi qu’une religieuse devenue sainte et très vénérée. Elle se double d’une effervescence culturelle dans ses rues aux noms de poètes, de peintres et d’écrivains. Et ses conteurs ne demandent qu’à vous rimer des
histoires locales. Oscillant sur les pavés, les gros cars peinturlurés transportent les passagers mais aussi d’énormes charges sur leur toit. Dans les petits restos on se régale de spécialités simples mais savoureuses, viandes grillées accompagnées de bananes plantin, de haricots rouges, de riz et d’avocat.


Botero, artiste né à Medellin et mondialement connu
On ne présente plus Fernando Botero, ce peintre et sculpteur au style unique et universellement connu. Né en 1932, il s’intéresse très jeune à l’art en observant les grands maîtres européens, de la Renaissance et du Baroque en particulier, lors de séjours en Espagne et en Italie sans pour autant ignorer l’héritage colonial. Son style s’exprime dans la générosité sensuelle des corps, voire leur obésité, aux moments de la vie familiale et quotidienne. Ne vous fiez pas à l’apparente naïveté de ses personnages aux traits simplifiés, ils expriment souvent l’air de rien un regard critique sur la violence et les abus de pouvoir dont Botero a été témoin dans son pays. Ses sculptures monumentales en bronze sont aujourd’hui présentes dans le monde entier mais c’est à son pays qu’il a fait ses plus grands dons avant sa mort en 2023. Le Musée de l’Antioquia de Medellin possède 200 de ses œuvres et le musée Botero de Bogota 123 autres.

Botero à Medellin

Pour en savoir plus.

Se renseigner :
. Pour infos générales :
https://colombia.travel/fr
. Consulat de Colombie à Paris :
https://paris.consulado.gov.co
Se préparer :
. Les titulaires d’un passeport français peuvent entrer sans visa en Colombie et y
séjourner pour une durée maximale de 90 jours, sur présentation d’un billet aller-

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