Au cœur de la Provence, le Château Saint Martin
Texte et photos : François Millo
Au cœur de la Provence, le Château Saint Martin semble traverser les siècles comme si le temps glissait sur sa sérénité. Une longue suite de personnalités, quasi toujours des femmes, on tenu les rênes de l’entreprise familiale, chaque génération apportant son lot d’innovations. La dernière en date n’est pas en reste puisqu’on lui doit une ouverture sur les spiritueux, une remise au goût du jour des recettes ancestrales de Provence.
Peu de lieux rassemblent autant d’histoire, de richesse culturelle et de force familiale
L’histoire de Saint Martin débute très tôt : le site était déjà habité à la préhistoire mais ce sont les romains qui lui donnèrent son tout premier essor en implantant une « villa » dont les vestiges sont bien visibles à l’entrée même du domaine actuel : un exceptionnel ensemble architectural de 10 000m2 qui a été occupé sans interruption pendant huit siècles.

Le moines prirent ensuite le relai en créant un prieuré viticole, construisant notamment la cave souterraine et sa remarquable voûte en anse de panier. Du 10eme au 13eme siècle, Saint Martin est occupé tout d’abord par les moines de Saint Victor puis par les religieuses de la Celle Roubaud et enfin par les moins de Lérins. La chapelle qu’ils construisirent à cette époque est aujourd’hui la sépulture familiale.

La présence monastique prend fin en 1740 lorsque le Marquis de Villeneuve Bargemon, fait construire le château actuel, l’offrant en dot pour le mariage de sa fille Marie-Anne avec le Comte de Juigné.
Dès lors, le Château de Saint Martin et sa production viticole vont se transmettre jusqu’à nos jours, de Comtesse en Comtesse sur 11 générations de la même famille. Un homme toutefois s’insère dans cette longue transmission féminine, le Comte de Rohan Chabot, grande figure du monde viticole et grand père de l’actuelle propriétaire, Adeline De Barry. Fondateur et président du syndicat des Côtes de Provence, il est considéré comme le précurseur de l’appellation.

Saint Martin : un Cru Classé qui cultive aussi bien la vigne que les innovations.
En 1984, Adeline de Barry prend les rênes de la propriété, qui ne produit alors que 3000 bouteilles, les vins de Provence subissant à cette époque un certain désamour de la part de ses consommateurs. Il faut attendre les années 90 pour qu’avec l’essor des Rosés de Provence, Adeline parvienne à replacer le Château Saint Martin parmi les grandes propriétés. Aujourd’hui les 40 ha en production offrent 300 000 bouteilles des trois couleurs, et dont 30% sont exportées.
Le Château Saint Martin offre bien entendu une large gamme de vins de qualité, que l’on peut retrouver sur le web-site du château. Plus étonnantes sont les innovations qu’Adeline De Barry propose depuis peu :
Un rosé de garde,
Un rosé sans alcool


Un nouvel univers : la liquoristerie de Provence
Remettre au goût du jour des recettes ancestrales ou même, créer de nouveaux spiritueux est une idée qui a germée peu à peu dans la tête des propriétaires du Château Saint Martin. Une idée qui correspondait bien à la personnalité dynamique de ces deux entrepreneurs mais aussi une voie de développement capable de de coller aux attentes des consommateurs d’aujourd’hui.
Un épisode de son histoire familiale va pousser Renaud à s’investir fortement dans l’aventure, car une distillerie de renom a fait partie au 20 eme siècle, du patrimoine de sa famille. En effet, son Grand Père paternel, Paul Archambeaud a dirigé la Grande Distillerie de Bordeaux, Archambeaud Frères, créée en 1820. Il développa à cette époque la production et l’exportation des spiritueux avec une vision proche de ses descendants d’aujourd’hui. La vénérable institution bordelaise a disparu en 1932, mais Renaud hérite entre autres, d’un carnet de notes à couverture noire, dans lequel il découvre avec émerveillement 200 recettes de spiritueux, écrites à la main d’une écriture fine et soignée.

Confortés par ce clin d’œil de leur aïeul, Renaud et Adeline décident alors de se lancer et rachètent en 2017 la Liquoristerie de Provence (anciennement située non loin du Mont Ventoux) dont ils rapatrient le matériel au Château. Depuis cette date, certaines productions de la liquoristerie ont été abandonnées, d’autres ont été améliorées et surtout, la création va bon train. Aujourd’hui c’est une gamme de 25 produits qui étonne par sa diversité, sa qualité, et sa cohérence : un approvisionnement botanique naturel, fleurs, écorces racines feuilles, herbes… une macération à froid, et une distillation sous pression afin de maintenir la température assez basse pour préserver les arômes. Sous l’oeil particulièrement attentif de Renaud, naissent dans ce chai, des spiritueux parfois étonnants comme le Lilou, ce gin a base de coquilles d’huîtres

Un alambic , c’est quoi?
L’eau et l’alcool n’atteignent pas leur point d’ébullition à la même température : 100°C pour l’eau mais 78°C seulement pour l’alcool. La distillation s’appuie sur cette différence : en chauffant le mélange à distiller entre ces deux températures, on peut faire évaporer l’alcool alors que l’eau va rester liquide. Il suffit ensuite de condenser la vapeur d’alcool pour lui redonner sa forme liquide. L’alambic se compose donc d’une chaudière dans laquelle est chauffé le liquide à distiller, d’un chapiteau qui recueille les vapeurs et d’un serpentin plongé dans de l’eau froide, et dans lequel les vapeurs se condensent et donnent le distillat final.
Distiller paraît simple, mais requiert toutefois un vrai savoir-faire, en particulier car c’est à la température médiane que l’on recueille les meilleurs distillats, presque exclusivement composés d’alcool. Ce sont les produits de cœur, par opposition aux produits de tête et de queue, moins recherchés.

Inventé en Mésopotamie quelque 3500 ans avant JC, il a été utilisé dans l’antiquité sous une forme très simple et rustique, pour la distillation de végétaux, de fruits et autres matières premières afin d’obtenir des parfums, des produits cosmétiques, des médicaments ou encore des boissons. Amélioré en Italie à partir du 13e siècle notamment avec le tube de refroidissement en spirale, il prend sa forme définitive plusieurs siècles plus tard, avec les travaux de trois chimistes de Nîmes et Montpellier, qui déposent en 1811 un brevet commun.
Vino-Spirit expériences
A Saint Martin cohabitent vins et spiritueux, ce qui n’est pas si fréquent ! Vino-Spirit offre plusieurs espaces interactifs et ludiques: les Vinoscénies, les LiquoStories, le P’tit jardin du liquoriste, la cave de vinification, et la distillerie. Autant d’occasions de découvrir savoir-faire, secrets, anecdotes et aussi senteurs et saveurs …
Contact : Domaine de Saint Martin 614 Route des Arcs – 83460 TaradeauTél. +33(0) 4 94 99 76 76Email :contact@liquoristerie-de-provence.com – https://www.liquoristerie-de-provence.com/fr/