Œnotourisme sur la Côte Vermeille

Par François MILLO-Texte et photos

Sur ce bout de terre abrupte, là où les Pyrénées plongent dans la mer, la main de l’homme a installé un vignoble dès le Vème siècle avant Jésus Christ dans des conditions particulièrement difficiles.

Au fil des siècles, les vignerons ont cultivé les pentes qui interdisent toute mécanisation, en aménageant de petites terrasses afin de recueillir un peu de sol cultivable.

Mais ce sol issu de schistes remarquables, est à même de donner au vin un caractère aussi affirmé que celui des vignerons du coin. Une incroyable juxtaposition de microclimats oblige le vigneron à adapter la conduite de ses vignes en fonction de l’exposition de sa parcelle, de sa proximité avec la mer, ou encore des nuances de la composition du sol.

Et le résultat est au rendez-vous : on trouve dans ce vignoble atypique de plus d’un millier d’hectares, une large gamme de vins, rouges, blancs et rosés d’AOP Collioure, mais aussi les fameux vins doux naturels d’AOP Banyuls et Banyuls Grand Cru. On découvre ou on redécouvre aussi des productions plus confidentielles et étonnantes comme le Rancio, l’Ambré ou le Rimage.

Avec du temps et beaucoup de travail, le vigneron a façonné peu à peu ce paysage accidenté et d’une incroyable diversité, créant une multitude de petites parcelles toujours travaillées à la main dans des conditions tellement difficiles, que la viticulture y est souvent qualifiée « d’héroïque ».

Pendant des siècles, et encore de nos jours, chaque famille avait une double activité, très souvent la pêche, et au moins une vigne qu’elle cultivait en plus, apportant ainsi un complément financier au foyer. L’entretien du vignoble et de l’environnement a toujours été fondé sur l’organisation de la famille et des pratiques culturales transmises au fil des générations.

Terrasses, «agouilles » et « casots » :

Étonnant paysage que celui de ces schistes qui plongent dans la Méditerranée ! Des pentes en tous sens et un ensemble d’ocres sur fond de bleu.

Aux portes des quatre agglomérations principales (Banyuls, Collioure, Port-Vendres et Cerbère), la montagne n’est jamais loin, elle se couvre d’une mosaïque de parcelles qui découpent chaque versant en tranches verticales. Cet agencement particulier est en relation avec la pratique traditionnelle du « complant ».

Les riches propriétaires terriens, qui possédaient parfois la totalité d’une vallée, avaient pour coutume de concéder l’utilisation de la terre aux vignerons qui, dès lors, devenaient propriétaires des vignes et simples utilisateurs du terroir. La découpe parcellaire se faisait du bas de la vallée vers le haut, de façon à ce que chaque vigneron ait sensiblement le même type de vignoble que son voisin. Cela évitait aussi les possibles conflits nés de l’utilisation de l’eau.

Cette pratique du « complant » a largement contribué à façonner le paysage d’aujourd’hui. Ainsi découpé dans le sens vertical, en petites parcelles très inclinées, il est strié horizontalement par les terrasses. Montés à la main en pierres sèches, de petits murets retiennent le peu de sol cultivable et un peu d’humidité. On compte ainsi plus de 6000 km de murettes de schiste. Le vigneron plante sa vigne sur ces bandes de sol à peu près horizontales mais très étroites. On comprend aisément qu’aucune mécanisation ne soit ici possible.

Mais le paysage est également strié en oblique, par les « Peus de Gall » (pieds de coq) ou encore les « agouilles » qui sont de petits canaux à ciel ouvert destinés à évacuer les eaux de pluie excédentaires lors des orages violents que connait la région. Un ingénieux système inventé par les Templiers. Toutes ces réalisations accrochées à la pente et montées en schiste, une pierre qui glisse facilement, demandent à l’évidence un entretien permanent.

Jusqu’à un passé relativement récent, fin du XXe siècle, le vigneron était aussi pêcheur. Aujourd’hui les vignerons de la région sont très souvent pluriactifs. Cette situation, jointe aux fortes pentes que l’on rencontre dès la sortie des villes, les a poussés à installer leurs caves plutôt en milieu urbain. Les habitations vigneronnes et les caves de cette petite région, sont donc en règle générale situées proches de la mer, en terrain plat ou dans les villes.

Pour travailler sa vigne le vigneron a besoin d’un « casot ». C’est une petite construction, à l’origine en pierre sèche, nichée dans le vignoble, accrochée souvent dans une forte pente et qui lui sert à entreposer son matériel et très souvent pour recevoir ses amis. Car le vigneron local a le sens de l’accueil et débouche volontiers ses bouteilles et ses pots d’anchois.

Vins et anchois :

La surface du vignoble de la Côte Vermeille est en réduction régulière depuis des années. Il couvre aujourd’hui un millier d’hectares mais offre une diversité de vins particulièrement étonnante. Les vins secs sont produits dans les trois couleurs sous l’AOP Collioure : les rouges (60% de la production) généralement puissants et structurés n’en restent pas moins élégants alors que les blancs montrent leur origine maritime et la minéralité de leur terroir de schistes.

Les appellations Banyuls et Banyuls Grand Cru sont des Vins Doux Naturels (VDN). Ces vins sont élaborés par mutage, un ajout d’alcool qui vient bloquer la fermentation alcoolique tout en conservant une partie des sucres naturels et les arômes caractéristiques. Etymologiquement, muter un vin c’est le rendre muet : cette méthode très ancienne a été développée à Banyuls par Arnaud de Villeneuve au XIIIe siècle et a permis à la région de disposer de vins pouvant voyager sans risques d’évolution défavorable en tonneaux.

Pendant des siècles, les vignerons de la Côte Vermeille ont été en même temps pêcheurs, et encore aujourd’hui, l’anchois fait intégralement partie de l’histoire et de la vie du pays. Cette activité prend son essor au moyen âge, lorsque Louis XI exempte les Colliourencs de la gabelle, l’impôt sur le sel, afin de favoriser la salaison du poisson. Anciennement, les hommes partaient sur leurs barques catalanes pour pêcher au large les anchois de Méditerranée. Ils attiraient le poisson avec la lumière de leurs « lamparos » et le ramenait à terre où les femmes étaient chargées de leur traitement. Mais, sur pêché, l’anchois s’est raréfié à la fin du XXe et, de nos jours, les conserveries vont chercher le petit poisson bleu du côté de l’Atlantique. Le savoir-faire est cependant resté à Collioure et comme auparavant, la préparation se fait toujours à la main par les femmes. L’anchois de Collioure est préparé entier au sel ou bien en filet, en saumure ou à l’huile.

La longue histoire des vins et des anchois trouve aujourd’hui son prolongement sur la table, puisque les dégustations de vins, qu’ils soient de Collioure ou de Banyuls, se font traditionnellement avec une assiette d’anchois dans laquelle chacun puise joyeusement.

La relance des vins de la Côte Vermeille

Accroché à ses montagnes, le vignoble de la Côte Vermeille doit faire face à une série d’obstacles parmi lesquels la faiblesse des rendements, l’impossibilité de mécanisation, les prix de vente trop bas ou encore la diminution de consommation des vins doux naturels. Mais les vignerons ne baissent pas les bras pour autant : dans la foulée de l’élection de leur nouveau Président, Romuald Perone, un plan de relance est mis en place et les Vins de la Côte Vermeille sont sortis de l’inter-profession régionale du Roussillon, ramenant ainsi la gestion au niveau micro-régional, sur les quatre communes concernées.

Le développement de l’œnotourisme figure en bonne place dans les directions de travail, plus des deux tiers de la production étant déjà vendue sur place. Parmi les nombreuses solutions envisagées, la relocalisation du vignoble plus haut en altitude est une voie qui permettrait aussi d’anticiper les effets du réchauffement climatique en cours.

Tout savoir sur le vignoble ? déguster ?

Haut lieu de la profession viticole et ancien repaire templier, le Mas Reig est juché sur une hauteur qui domine Banyuls : siège du syndicat des vignerons de la Côte Vermeille, il offre un excellent parcours didactique avec photos sur l’histoire du vignoble, les différents types de vins et les particularités régionales. Excellent pour débuter un séjour !

Les caves ouvrent volontiers leurs portes et le fait que la plupart soient en centre ville, ajoute à leur charme.

Au centre de Banyuls, se trouve le domaine du Tambour, ainsi nommé en mémoire d’un ancêtre qui fût « Tambour » dans l’armée pendant la bataille du «Col de Banyuls». Héritière de cinq générations de vignerons déterminés, Clémentine HERRE est aujourd’hui aux commandes: elle accueille elle-même et développe l’œnotourisme.

La Maison Parcé, propriété d’une vieille famille vigneronne est une institution à Banyuls, qui propose un lieu de dégustation et de vente mais également une série d’activités oenotouristiques.

La cave coopérative « Terre des Templiers » qui compte plus de 500 hectares, est un très grand établissement Banyulenc, qui reçoit un public conséquent. Un parcours de visite particulièrement intéressant traverse les chais dans lesquels d’immenses foudres rendent compte du passé et de la vinification d’aujourd’hui.

A Collioure, le domaine Pietri-Geraud, dont la cave de vinification est en plein centre du village, existe depuis la fin du XIXe. Les générations s’y succèdent, dont des femmes depuis 35 ans, gérant une vingtaine d’hectares sur les pentes alentour. Aujourd’hui, c’est Laetitia qui tient les rênes : énergique et enthousiaste, elle développe l’œnotourisme avec ses partenaires locaux et tient à continuer à vinifier au centre du village.

Partenaire incontournable de la dégustation, l’anchois de Collioure est dignement représenté par la Maison Desclaux. Ancrée à Collioure depuis 1903, elle propose une grande gamme d’anchois préparés à la main selon la tradition locale. Un concept original : le bar à anchois au centre du village !

PRATIQUE

Où dormir ? : Pourquoi ne pas dormir chez le vigneron ?

C’est en effet une idée… qui peut trouver deux types de solutions : dans le vignoble ou en ville, près de la cave. Voilà deux exemples : dans le vignoble, à Cosprons, sur le domaine Cardoner, les quatre « cabanons de mémé Jeanette » offrent une superbe vue sur les vignes. Des chambres grand confort, tranquillité, terrasse et jacuzzi pour l’une d’entre elles. Le petit déjeuner est déposé discrètement chaque matin sur votre terrasse. Si vous préférez dormir dans la maison d’un vigneron installé au centre de Banyuls, vous pouvez opter pour le Clos Saint André. Une bâtisse de maître qui comporte quatre chambres étonnantes par leur taille et leur décoration. La cave est à côté : ambiance vigneronne tranquille…

https://www.memejeannette.com/presentation/le-domaines-les-tines.html

http://www.clos-st-andre.com/fr/accueil.html

On trouve dans les chais ou même dans les jardins, des « Dame-Jeannes », des bonbonnes en verre remplies de vin doux et alcoolisé, et exposées au soleil et à la chaleur. C’est un vieillissement particulier qui, en oxydant le vin, lui donne un goût de rancio avec des notes de caramel, figue, pruneaux, noix etc

Découvrir : Une balade vigneronne ?

En matière de balades, les possibilités ne manquent pas mais les pentes aussi ! Pour un tour à pied dans les vignes, à partir de Collioure ou de Banyuls, il vous faudra obligatoirement grimper, mais quel panorama à l’arrivée ! visez par exemple l’un des nombreux sites remarquables alentour comme le Fort Saint Elme, la Tour Madeloc, ou encore l’Ermitage de Consolation. Pour une rando relativement plate, le sentier littoral est la meilleure solution : la côte est superbe, la vue sur le vignoble aussi et vous longerez la réserve maritime. Pour une balade vigneronne à vélo, l’assistance électrique est recommandée sauf à disposer de mollets à la hauteur du défi. Les loueurs ne manquent pas, parmi eux citons Bike Truck Albera pour la qualité de son accueil. Et si vous souhaitez simplement une escapade en voiture dans le vignoble, Catalan Wine Escape est spécialisée dans ce type de tour.

Côté Mer à Banyuls:

Sur le port, l’observatoire océanographique de Banyuls (OOB), historiquement appelé « Laboratoire Arago » est un lieu d’expérimentation, de formation et de diffusion des connaissances scientifiques, rattaché à Sorbonne Université et sous la tutelle du CNRS. Non loin se tient l’Aquarium Méditerranéen, centre de recherches et outil pédagogique qui propose une remarquable mise en scène de la vie aquatique en Méditerranée. L’OOB est à l’origine de la création de la Réserve Naturelle Marine de Cerbère/Banyuls, première du genre en France. Elle s’étend entre Banyuls et Cerbère sur plusieurs centaines d’hectares : ce paradis de biodiversité marine peut être visité en plongée le long d’un sentier sous-marin.

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