L’ordre du jour, réactions en chaîne

Avec L’ordre du jour, d’Eric Vuillard (prix Goncourt 2017), encore une fois, la comédienne Dominique Frot s’attaque à un texte ardu, qui questionne le lecteur, ou en l’occurrence le spectateur. On peut lui faire confiance pour ne pas décevoir son public exigeant.

Si l’écriture d’Eric Vuillard, se prête au jeu du « seul en scène » et du « penser en public », Dominique Frot restitue de façon magistrale ce roman qui révèle les coulisses de l’Anschluss depuis les tractations politico financières entre des grands patrons allemands et Goering président du Reichstag, lors de la séance du 20 février, jusqu’à l’annexion de l’Autriche.

La comédienne s’empare de l’oeuvre, la fait sienne pour mieux la partager. Elle dénonce les compromis, les lâchetés, la morgue des élites et hommes de pouvoir européens de l’époque, dans un ton parfois ironique, parfois blasé, et toujours avec cette voix unique, caverneuse, inquiétante, à l’image de l’histoire qui se déroule sous nos yeux.  On est tour à tour scandalisé, apeuré, effondré, soulagé aussi quand une note d’humour se glisse à l’improviste, désarçonné quand une pause juste assez longue nous renvoie à notre propre solitude, et une question est posée en filigrane : qu’aurions-nous fait en lieu et place ? et qu’en est-il aujourd’hui de nos politiques ?

 Dominique Frot nous  fait ressentir grâce à un jeu très subtil entre elle et son public l’ambivalence de l’histoire et de l’être humain. Accompagnée par une musique lancinante et souvent sombre, aux sonorités complexes, elle alterne des moments de silence, des ruptures, elle cisèle ses phrases, martèle les noms de chaque protagoniste, en un leit motiv funeste qui fait écho au langage brutal du troisième Reich, mais aussi au sentiment de mal-être voire de culpabilité du spectateur devenu acteur malgré lui d’une des plus grandes tragédies de l’histoire.

L’actrice est généreuse et veut avant tout servir un texte et au-delà du texte, un récit didactique. Elle se fait toute petite, se cache dans la pénombre afin de mieux donner vie aux personnages et puis peu à peu elle va apparaître, mais rapidement la projection de dessins de personnages souffrants, nous ramène au cœur de l’histoire, des compromis, puis du dénouement avec l’Anschluss qui entraîne une succession de suicides. Si Eric Vuillard rend hommage à Alma, Hélène, Karl, Leopold… dont le seul moyen de résistance est de se donner la mort, Dominique Frot, à son tour leur rend un vibrant hommage dans une talentueuse et brillante performance.

 

 

SPECTACLES LES 18 et 25 mars et 13 et 20 mai

THÉÂTRE STUDIO

16 rue Marcelin Berthelot

94140 Alforville

D’après le texte d’Eric Vuillard

Conception Dominique Frot avec Dominique Frot accompagnée d’Eli Frot(

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