Jersey fête ses 75 ans de la libération de l’île

Texte et photos : Brice Charton

Les îles anglo-normandes célèbrent, en 2020, les 75 ans de la libération et de la fin de l’occupation allemande. L’île de Jersey faisait en effet partie du Mur de l’Atlantique avec la construction de très nombreuses fortifications.

La particularité de l’île est d’avoir une densité d’ouvrages défensifs très importante mais aussi en excellents états de conservation.

Ce furent les seuls habitants d’une terre anglaise envahie par les allemands après la campagne de France. Au delà du patrimoine militaire de la Seconde Guerre mondiale, l’île de Jersey offre de superbes paysages.

Nous prenons le ferry depuis Saint-Malo pour nous rendre sur l’île.

C’est une belle traversée avec une arrivée superbe au port défendu par l’imposant château Elisabeth.

Visite de nuit du Hohlgangsanlage 5

Certaines de ces fortifications sont uniques sur le Mur de l’Atlantique à l’instar des trois tours de commandements et d’observations.

Nous y reviendrons plus loin. Pendant les cinq ans d’occupation les allemands ont creusé de nombreux tunnels sous la roche afin de protéger le matériel et les hommes des futurs bombardements alliés. Il est possible de les visiter et nous conseillons de le faire. Ce sont en effet des excursions atypiques et intéressantes. Dès notre arrivée sur l’île, nous partons sous terre visiter un ensemble de tunnels, le seul fini par les allemands, le Hohlgangsanlage 5, dit le Ho5. C’est un ensemble de tunnels, creusés dans la roche, où les allemands entreposaient des munitions. On ne peut qu’être impressionné par la longueur et la superficie de ces tunnels.

Balade matinale jusqu’à la Seymour Tower

Au delà du patrimoine militaire de la Seconde Guerre mondiale, l’île de Jersey offre de superbes paysages. Il faut parfois marcher loin au large pour découvrir des paysages éphémères, quand la marée descend.

Nous partons avec Trudie, notre guide, pour découvrir les fonds marins à marée basse jusqu’à la Seymour Tower. Nous foulons ces terres vierges de bon matin sans personne autour de nous. Le calme et l’espace infinie nous procurent de belles sensations. Avant d’arriver à la tour Seymour, nous nous arrêtons aux parcs à huîtres. Après une heure de marche nous grimpons au sommet de la tour et avons ainsi une vue panoramique des environs à marée basse. Superbe.

Le Jersey War Tunnels

L’un des sites les plus connus et les plus visités de l’île est  le Jersey War Tunnels, l’hôpital.

C’est un complexe de plus d’un kilomètre de tunnels, avec  50 mètres de roche au-dessus. Les allemands utilisèrent des prisonniers pour creuser ces tunnels.

Plus de 5 000 d’entre eux travaillèrent dans ces tunnels dans des conditions épouvantables, essentiellement des républicains espagnols et des russes. Ils étaient surnommés slaves, des esclaves…Nombreux d’entre eux périrent dans ces tunnels.

Plus de 14 000 tonnes de terre et de roche furent forées, broyées et enlevées. Ces tunnels servaient d’entrepôt de munitions jusqu’en 1943, date à laquelle ils furent transformés en hôpital.

De nombreuses pièces furent transformées en salle d’opérations. L’hôpital avait une capacité d’accueil de 500 lits.

C’est aujourd’hui un musée  consacré à l’histoire de l’occupation de l’île, du 1er juillet 1940 au 9 mai 1945, prenant. Une visite incontournable.

Rencontre avec Bob le Sueur qui a vécu l’occupation allemande

Nous avons rencontré Bob Le Sueur qui va fêter ses 100 ans et qui avait 19 ans pendant l’occupation allemande à Jersey. Encore en pleine forme physique et intellectuelle, il nous a reçu pendant près d’une heure et s’est exprimé dans un français impeccable.

Il a été décoré pour avoir aidé des prisonniers russes évadés à se cacher. Francophile, il a également reçu le grade de Chevalier de l’Ordre de la Pléiade du bailli pour son action en faveur du français.

Ruth, quant à elle, avait six ans quand les allemands sont arrivés. Elle et ses parents avaient prévu de partir avant mais le bateau qu’ils devaient prendre était rempli de charbon et était très sale, ses parents ont alors décidé de ne pas embarquer…puis ce fût trop tard…

Ce qui manquait le plus , se rappelle-t-elle, pour un enfant de son âge, était les bonbons et les chocolats.

Elle reste marquée par la scène d’un prisonnier russe qui tentait de s’échapper et qui a été abattu, devant elle, par un allemand.

Ce furent des témoignages poignants qui nous permettaient d’appréhender la vie pendant cette occupation. Un grand merci à eux pour nous avoir accueilli et partagé leurs vécus.

La pointe de la Corbière

La pointe de la Corbière est sans doute l’un des sites incontournables de l’île. En effet le panorama est de toute splendeur avec le phare datant du XIXe siècle, la côte déchiquetée et battue par les vagues massives.

C’était également une position défensive allemande d’importance avec de nombreux bunkers. A quelques centaines de mètres au sud se dresse la tour MP2 avec ses 18 mètres de haut et ses deux mètres d’épaisseur. La tour était camouflée par des peintures et ressemblait de fait aux tours rondes construites au XVIIIe siècle, caractéristiques de l’île de Jersey.

Tout au long de notre tour de l’île nous découvrirons des châteaux comme celui de Mont Orgueil ainsi que de nombreux bunkers allemands. A quelques minutes se trouvent la baie de Saint-Ouen avec sa superbe plage de sable qui s’étend sur plusieurs kilomètres de long. Una activité atypique est de pratiquer le yoga au-dessus d’un bunker face à la mer. Une belle expérience.

Guide pratique :

Office de tourisme : www.jersey.com/fr

S’y rendre : Train ou voiture jusqu’à par exemple Saint-Malo puis le ferry de Saint-Malo à Jersey. Direct avec Condor Ferries   www.condorferries.fr

Liens pour la découverte de Jersey :

www.jerseybunkertours.com, www.jerseywalkadventures.co.uk, https://jerseyfoodtours.co.uk, www.jerseywartunnels.com, https://jerseyuncovered.com

Bibliographie : Guide de voyage : Les îles Anglo-Normandes (Le Petit Fûté), Un grand Week-end à Jersey (Hachette)

La libération de l’Europe, 1944-1945, les dernières batailles, de Julian Thompson aux  Editions de l’Imprévu, Mai 2020, 160 pages, 24,95 euros

39-45 (édition 75 ans), Le Grand Atlas de la Seconde Guerre mondiale, d’Ivor Matanle, avril 2020, 384 pages, 35 euros  Éditions Glénat

 

Souvenirs d’un soldat, de Heinz Guderian avec la présentation de Benoit Lemay, aux éditions Tempus, 655 pages, 10,00 euros

Achtung TIGER! Le char tiger au combat,  ouvrage collectif aux éditions CaraKtère, 196 pages, 44,90 euros

 1940. Vérités et légendes, Rémy Porte, éditions Perrin, juin 2020, 288 pages, 13 euros

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